L’arbre est une figure mythologique puissante que l’on retrouve dans toutes les sociétés qui partagent avec lui une zone géographique plus ou moins vaste. Archétype, symbole, allégorie, métaphore, élément rituel, image cosmogonique, il est l’un des éléments du vivant les plus fondamentaux que l’on retrouve dans une multitude de représentations et d’identifications qui appartiennent à tous les âges et à tous les moments de la vie.

L’arbre fait lien entre les forces célestes et les puissances telluriques qui poussent aux extrêmes : grandeur ou petitesse, force ou fragilité, épaisseur ou finesse, densité ou clarté, élévation ou enracinement. Visions, sensations, impressions, émois, humeurs, rêveries, il éveille chacun des sens et suscite parfois des sentiments contraires.

Il est également l’élément du vivant n’ayant pas de programme biologique de sénescence (on a découvert des arbres en Tasmanie vieux de 43 000 ans, aussi vieux que les pyramides d’Égypte). En remettant dans le cycle naturel l’énergie et la matière organique grâce auxquelles il s’est développé, il est le meilleur exemple de développement durable.

De l’arbre au territoire

L’arbre est un indicateur précieux de l’espace et du temps. En élargissant notre vision on agrandit le périmètre au paysage qui nous entoure, s’ouvrant alors à la notion de terrain puis de territoire. Jean-François Chevrier* souligne la dichotomie du territoire. Habité il est lieu, traversé il est espace.

De nos jours, il semble ne plus exister de territoires qui n’aient pas été explorés par l’homme. Il est possible d’imaginer une terra incognita cartographiée par des visions que l’on invente.

 

« Contre-Points »

L’arbre est un élément ancré dans le vivant, dans le temps et dans l’espace. Il ouvre un imaginaire d’une richesse infinie agrémenté d’une expérience sensorielle forte. Le jeu des lignes et des circonvolutions de ses branchages est un champ d’explorations graphiques dessinant des effets de contrastes et de mouvements. Vassili Kandinsky parle de la ligne comme « trace du point en mouvement », qui opère « le passage essentiel entre statique et dynamique ».

J’ai débuté en 2015 un travail que j’ai intitulé « Contre-Points », fruit d’une longue élaboration graphique, dans lequel mon tracé s’enroule au gré de la multitude des figures qui composent mon sujet. En projetant une photo d’arbre sur ma feuille, j’élabore une composition plus ou moins proche de l’image originale où s’articule l’équilibre entre les noirs et les blancs, les vides et les pleins. Décrivant des lignes polyphoniques variées, la suite « Contre-Points » constitue un socle qui ouvre un champ d’expériences très riche dans des transcriptions plus ou moins monumentales où la technique picturale et les formats évoluent en fonction des espaces où elles s’intégrent.

Insuffler une vision imaginative de l’arbre et plus largement du paysage dans l’espace public, directement accessible et ouverte au public, qui, par ses dimensions monumentales, éveille des sensations aux résonances « canopéennes » où chacun peut s’inventer un moment poétique et intime, sensible, dans lequel le temps et l’espace n’appartiennent qu’à celui qui regarde.

Ce serait, un jardin que l’on s’invente, un « jardin en mouvement » comme l’a dénommé Gilles Clément*, qui offre un « espace de vie laissé au libre développement » afin de « maintenir et accroître la diversité » imaginative « source d’étonnement, garantie du futur ».

* Gilles Clément est ingénieur horticole, paysagiste, écrivain, jardinier, enseigne à l’École Nationale Supérieure du Paysage à Versailles (ENSP)
** Jean-François Chevrier, « Des Territoires », éditions L’Arachnéen, 2011