“ Chaque fois que l’on fait quelque chose, on fait des gestes avec son corps,
ses mains, ses pieds, en fonction de la partie du corps mobilisée.
Ce geste même, ce mouvement, crée une ligne, même si cette ligne est invisible.
Par exemple, jouer du violoncelle ou dessiner. Quand on dessine au crayon sur une feuille, on fait un mouvement avec sa main qui inscrit une trace visible sur le papier. Quand on joue du violoncelle, on fait un mouvement avec son archet qui produit un son, une mélodie. Il y a alors une ligne mélodique, on ne peut pas voir cette ligne mais on peut l’entendre et finalement ça revient au même.” Tim Ingold
Dans ses séries à l’encre, Contre-Points, ContraPuntito, Fil-à-Fil, Contre-FiL, Échappées, Evelyne Simonin
joue avec le procédé « thème et variations » qui appartient à l’univers musical mais s’applique parfaitement
à son processus graphique.
Le travail débute à partir d’un motif, un élément graphique, une « sonorité plastique » et, quand elle s’associe à des musiciens, de certaines notes ou mesures de la partition. Dans le cheminement de sa main Evelyne Simonin trace les modulations d’une graphie parfois dense, parfois légère, parfois tendue ou plus retenue, composant au rythme du vide et du plein, mais avant tout de l’impulsion de son geste qui se déroule en continu.
Les points se maillent, se tordent, s’entortillent, au gré des modulations de la main, les lignes s’échappent et se prolongent en fils arachnéens ou s’enchevêtrent avec frénésie. Dextérité contrôlée ou déraison du signe qui se déploie sans contraintes d’intention, l’ensemble se tisse en continu dans l’espace.
À l’installation, elle initie des rapprochements inattendus pour inventer des visions nouvelles, au-delà d’une simple représentation formelle. Posées, suspendues, accrochées, les compositions s’agencent dans le mouvement des pliages, des rapprochements, des juxtapositions, évoluant dans un espace mobile.